dimanche 13 novembre 2011

Hind, l'Arlequine.


Novembre déjà…
Hier, l’été, les vacances... Comme tous les ans, je suis allée rendre visite à mon oncle qui a l'avantage d'habiter au bord de la mer. Sa maison est devenue de ce fait, un lieu de rassemblement estival, où tantôt on se retrouve entre proches, tantôt on y rencontre de nouveaux visages, au hasard des invités de passage. C'est là-bas qu'il ya quelques années, j'ai rencontré Hind. Elle était magnifique avec sa chevelure foisonnante qui lui allait comme une parure de fête, grande, élancée, rieuse et danseuse. Mais au-delà de ça, j'apercevais en elle quelque chose qui me concernait et que j'avais alors du mal à définir : l'écorchure de l'exil et la sève rayonnante qui s'en écoule.
Onze ans après, par hasard dans les rues d'Alger, elle a soudainement envahit mon champs de vision, gros plan visage sur un de ces soleils souriants que l'on dessine quand on a 5 ans :





Biographie Express
Hind est une artiste à plusieurs branches.
D'abord, le chant et la musique. Initiée au berceau par son oncle mélomane, amateur de jazz et de funk, puis contaminée par son cousin fan de métal, elle se frotte à son tour au hip-hop et développe cette branche en collaborant avec le groupe de rap algérien, Intik, puis en continuant après leur séparation avec Youss. Ensuite, vient l'écriture, « J'ai beaucoup écrit aussi. En fait la plume, ça permet de se transposer à travers l'actualité. L'écriture est un geste immédiat de ce que tu éponges comme informations et après tu retranscris. Et c'est accompagné d'une recherche de mélodie, d'harmonie, de ton particulier, de rythme. » Entre écriture et peinture, il n'y a pas de véritable frontière, juste un déplacement de point de vue. Surtout quand il s'agit de calligraphie arabe : « Je ne suis pas arabophone mais je m'intéresse beaucoup à l'esthétique et au sens. L'arabe a vraiment au niveau du trait, du caractère, de son écriture, a un effet visuel très fort. ».  Elle admire Khedda et l'école du signe, d'ailleurs dans sa propre peinture, on retrouve un intérêt insistant pour les signes religieux. « La peinture c'est un peu la pêche à la ligne , un art solitaire, où tu peux même avoir une propension à la méditation ».

« Algéroise et parisienne », elle trouve aujourd'hui son équilibre dans le va et vient régulier, rappelant qu'avant d'en arriver là il lui a fallu traverser « des voyages très difficiles, à travers soi ».
Elle naît et passe les premières années de sa vie en Algérie puis s'envole pour la France à 6 ans.  Elle a alors la chance d'être scolarisé dans une école qui fait la part belle à la l'éveil artistique des enfants : peinture sur soie, icône, sculpture, poterie, photographie, danse, etc. Elle grandit dans un climat qui favorise la création, entourée d'artistes que sont les amis de ses parents, parmi lesquels Tarik Mesli « un de mes grands frère...». C'est donc tout naturellement qu'elle évolue dans ce domaine en autodidacte. Elle décide d'approfondir ses connaissances théoriques à travers des études supérieures et arts-plastiques et histoire de l'art.

Vers 2008, elle réinvestit l'appartement familial d'Alger. « Je vivais seule à Alger, chaque matin avant de commencer la journée, j'allais au café du quartier : café, clope, journal. Personne ne m'a jamais dérangé. » Elle arrête de travailler, réaménage sa chambre en atelier de peinture et profite de ce contexte pour s'installer durablement dans une énergie de création. Un jour qu'elle visitait le Palais de la culture, elle fait la connaissance d'un commissaire d'exposition à qui elle ne manque pas de parler de son travail. C'est comme ça qu'elle s'est retrouvée à participer au premier « Salon d'automne » d'Alger, une exposition collective qui accueillait des artistes de toute l'Algérie. Spontanéité et disponibilité, des atouts qui lui ont servi durant tout son parcours.

 Et aujourd'hui, quelles sont les news ? Hind nous a raconté ses dernières rencontres, ses nouveaux projets...mais motus et bouche cousue, vous n'en saurez pas plus pour l'instant, on vous tiendra au courant en temps voulu !

mardi 9 août 2011

Nabil, chercheur d'image.



Au printemps passé, le ciné-club Chrysalide programmait un cycle « films de fabrication locale ». J'y ai vu, entre autre, Afric Hotel de Hassen Ferhani et Nabil Djedouani, faisant du même coup connaissance avec ces réalisateurs qui étaient venus présenter leur film. Ce documentaire donne à voir des bribes de vie de jeunes africains en transit à Alger, une ville-étape dans leur aventure d'immigration clandestine. À travers leurs histoires, on découvre les rapports qu'ils entretiennent avec les algérois et se dessine en filigrane une dénonciation du racisme. 
Quelques semaines plus tard, j'ai revu Nabil, le temps d'une promenade, le temps pour moi de le faire un peu parler de lui, son parcours, ses réflexions, ses créations...

video
Images tirées des films de Nabil Djedouani

Biographie express
Né en 1984, en France, dans une famille d'immigrés algériens, Nabil grandit dans cette ambiance avec une grand mère qui écoutait du Maatoub et un père qui faisait partie des JFLN (Jeunesses du Front de Libération Nationale). Vers 14ans, il se sent submergé par l'Algérie, sans trop savoir comment ni pourquoi, l'envie de connaître ce pays en profondeur le hante désormais. Après le bac, il s'inscrit à la fac de cinéma à Lyon, ce qui lui permet de creuser l'histoire du cinéma algérien. 
Il écrit deux mémoires de recherche : « Le cinéma algérien entre quête d'authenticité et standardisation » et « Crise de la représentation et représentation de la crise dans l'Algérie des années 1990. Le linceul éclairé ». Ses recherches le nourrissent et lui permettent de se situer entant que cinéaste algérien, « pour savoir ce qui a été fait et ce qu'il reste à faire...comment m'inscrire dans tout ça...pour participer à l'évolution du cinéma de ce pays ». Ayant trouvé peu de sources pour alimenter son travail, il décide de faciliter les recherches de ceux qui le suivront dans ce domaine en diffusant le fruit de son labeur dans son blog "Une histoire du cinéma algérien. Mais il ne s'arrêtera pas là, car ayant accumulé une importante documentation, il a pour projet de créer une sorte de bibliothèque numérique des archives du cinéma algérien. Vaste projet qui lui demandera certainement du temps et la constitution d'une petite équipe. « Parce que nous avons eu un cinéma, y a eut un cinéma en Algérie, y a eut des cinéastes et y a des choses à retenir de ces années là et parfois des choses très intéressantes, des choses subversives même et dont on est très loin aujourd'hui où on voit le cinéma algérien tomber dans un discours très mièvre, finalement un discours très tiède. Faut pas tirer un trait sur 40 années de production quand même! ». Dans la logique de son intérêt pour l’éducation à l’image, depuis la fin de ses études il anime des ateliers d'initiations à la vidéo en milieu scolaire et dans les maisons de quartier.
Sa recherche théorique l'amène à la réalisation, il compte aujourd'hui trois courts métrages à son actif : A Tamghart (2005), Aubes Epines (2008), Afric Hotel (co-réalisé avec Hassen Ferhani, 2009).
Début 2010, il crée l'association « Fugues de barbarie » dans le but d'acquérir des moyens techniques pour développer de nouveaux projets de film, de participer à la production et à la diffusion de films en provenance des pays du sud et plus particulièrement du maghreb.
Ses références : Tahia ya didou de Mohamed Zinet (1972), Omar Gatlatou de Merzak Allouache, Le mariage de Moussa (1982) de Tayeb Mefti, Brahim Tsaki qu'il a découvert récemment avec Les enfants du vent (1981), il considère Bled number one (2005) de Rabah Ameur-Zaïmeche comme un « film manifeste », il cite également comme réalisateurs contemporains incontournables : Tarik Teguia pour la fiction et Malek Bensmaïl  pour le documentaire.

lundi 16 mai 2011

Ania, l'enchanteresse.

Après avoir lu L'izli ou l'amour chanté en kabyle, j'ai commencé à chercher une jeune chanteuse capable d'offrir un chant d'amour au film que je prépare (Uzzu). De bouche à oreille, j'ai fini par entendre parler d'Ania, une étudiante de Tizi Ouzou.


Notre première rencontre était assez étrange, le brouhaha de la cafette estudiantine ne favorisant pas la communication, je me suis retrouvée à la regarder parler sans vraiment l'écouter, me laissant ainsi toucher par sa beauté naïve. Mais que l'on ne s'y trompe pas, sa naïveté fait sa force et n'est en rien synonyme de crédulité. Je lui trouvai la vivacité d'un chardonneret, m'amusant à cette comparaison en attendant de pouvoir l'entendre chanter. Je n'ai pas été déçue, sa voix est bien celle d'une enchanteresse, elle nous transporte dans le velouté et la tendresse de ses harmonies. 


Plus tard, au calme, nos échanges ont été plus intéressants et j'ai découvert un caractère bien trempé et une mentalité pleine de fraîcheur. Son naturel et sa convivialité lui taillent une place rayonnante dans les milieux qu'elle visite. Elle, qui vient d'un petit village de Kabylie, défi les lois sociale de la modernité sans s'en rendre compte, sans provocation et sans complexe, rendant caduc les débats sur le passage entre "modernité et tradition" et prouvant qu'il suffit "d'être"en toute simplicité pour se faire accepter, et même plus pour se faire aimer. Au départ, je ne lui proposais qu'une séquence de chant et finalement elle est devenue le personnage principal du documentaire...




Elle a toujours aimé chanter, pour le plaisir, dès sa petite enfance. Sa cousine avait l'habitude de regarder les clips musicaux de l'ENTV. Ania a doucement commencé à écouter, retenir, mimer, chanter... Ses premières influences sont celles de Fairuz, Nawel Zorbi, Majda Roumi, Amr Diab et plus récemment Elissa. La musique orientale lui a appris d'une part le chant, d'autre part la langue arabe dans toutes ses variantes. Comme elle a pu le constater avec fierté, lors du dernier Festival arabo-africain tenu en 2007 à Tizi Ouzou, elle peut désormais s'entretenir sans la moindre difficulté en arabe que ça soit avec des libanais, des syriens, des palestiniens, des jordaniens. En parallèle, elle se nourrit également de musique kabyle avec Hnifa, Idir, Ali Amrane, Zohra et découvre Nouara dont elle devient particulièrement fan.

L'idée de travailler sa voix ne lui est venue que récemment, sous les conseils d'amis musiciens qu'elle a rencontré par hasard en fréquentant la Maison de la culture. Faute de place à l'atelier de chant, elle s'inscrit en danse folklorique mais passe son temps à chanter pendant les cours et avec ses amis dans le jardin de la Maison. Plus tard, les « semaines culturelles » qui invitent les membres des ateliers à se produire dans plusieurs villes algériennes, lui ont ouvert une opportunité qu'elle n'a pas laissé filer. Tout a commencé à Ouargla, en 2009 quand Sofiane, un jeune pianiste l'invite à chanter avec son groupe, après l'avoir entendu dans le car pendant le voyage. C'est un succès. Deux mois plus tard, à Tamanrasset, le même groupe lui demande de chanter 3 chansons de plus, face à un public conquis. Yazid, l'organisateur de ces événements parle de systématiser les prestations d'Ania. À son retour, elle s'inscrit à la chorale pour travailler plus sérieusement sa voix, mais reste sur sa faim car le niveau amateur ne lui permet pas de progresser autant qu'elle le souhaite.

Son objectif actuel : passer sa licence de traduction haut la main et enregistrer un album pour lancer sa propre promotion dans le monde de la musique. On espère qu'elle sera assez diffusée pour vous faire partager ces moments d'une intense douceur. En attendant, nous on ne se lasse pas de l'écouter en aparté!







mercredi 11 mai 2011

Massyl, à coeur ouvert.



Pendant les repérages du documentaire que je prépare, j'ai rencontré Massyl, étudiant en 2e année de Chimie à Tizi-Ouzou. "Chimie parce que c'est la science qui se rapproche le plus de la poésie. Je suis passionné de littérature mais je n'ai pas voulu suivre cette voie via un cursus universitaire...".




Forcément, un documentaire sur l'amour, ça ne pouvait que lui plaire puisque les questions que je me pose sont aussi les siennes. Il était aux premières loges pour nous aider pendant le tournage, bien plus à l'aise avec l'équipe derrière la caméra qu'entant que "personnage" sous la menace de l'objectif. Devenu un peu des notres, entraîné dans la dynamique du tournage, il s'est fait un plaisir de m'accompagner pour une "chasse aux voix off", munis d'un petit enregistreur sonore et d'une multitude de questions indiscrètes. C'est à cette occasion que j'en ai profité pour le questionner à son tour...

Massyl né et grandit à Tizi Ouzou. Je me suis rendue compte petit à petit qu'il n'utilisait presque aucun mot arabe ou kabyle. Bien que cela ne constitue aucunement un trait de caractère, c'est un aspect qui m'a permis de me sentir un peu moins « extra-terrestre » puisque moi aussi, j'ai reçu une éducation entièrement francophone tandis que je vivais ici. Cette configuration n'est pas exceptionnelle en Algérie, mais reste rare et soulève, à mon avis, d'importantes questions... À chacun son histoire pour expliquer les usages qu'on fait de telle ou telle langue, comment on les choisit, on les mélange, on les créolise, on les réinvente, on les renouvelle...mais ça c'est une autre paire de manche!

La goût de lire lui est venu très tôt et la poésie l'a conquis avec la découverte de l'amour. Plus tard, ce goût a évolué en savoir grâce à une enseignante particulière, Dalila Arezki, qui comme par hasard a travaillé sur le thème du « couple en Algérie »Il aime "Verlaine et son écriture sensible", "l'expression du sentiment amoureux chez Musset", "la solitude et la vague à l'âme de Lamartine", "André Breton et l'écriture automatique" et bien sûr "Baudelaire!" 


Une chose en entraînant une autre, il s'est essayé à l'écriture. Le thème de l'amour lui ouvre une soupape d'expression dont il ne se prive pas. Pourtant, comme tous les jeunes de son âge, il n'est pas du genre à raconter sa propre histoire telle qu'elle. Trouver le juste équilibre entre expression, poésie et pudeur est un défi de taille. Au bout d'un moment, le désir d'être lu l'a amené à ouvrir un blog : orpond-emaux.skyblog.fr, une escapade tortueuse à travers ses voyages oniriques. Grâce à internet, il dépasse les limites géographiques de Tizi Ouzou, libre d'échanger dans ce nouveau village-monde. S'il avait le choix, il préfèrerait participer à des discussions biens vivantes mais en attendant... . Malgré une créativité fraîche et débordante, comme tout jeune artiste, qui plus est voué à lui-même, il s'oublie dans l'admiration de ceux qui lui ont ouvert les portes de la poésie. Des éclats, par-ci par là, plus libres, plus proches de lui, plus touchants, donnent à penser notre propre façon de ressentir. Et pour tout vous dire, certains mots m'ont renvoyés à la figure ces fameuses questions que j'ai posé sans arrêt aux autres, m'invitant à boucler la boucle d'une fuite. 
Donc, un style en gestation certes, mais plus que tout : une sensibilité contagieuse.


En attendant de voir notre caméra se pointer sous son nez, Massyl a décidé de nous écrire ce qu'il avait sur le coeur. Il n'aurait pas pu le faire à l'oral, avoue-t-il, pourtant il accepte de relire sa lettre le temps d'un enregistrement. Ça n'a pas été simple de couper dans les propos que nous avions enregistrés... mais, dans tout montage il y a des sacrifices à faire pour préserver l'harmonie du Tout à travers une petite partie.




vendredi 4 mars 2011

Karima, la Karmina


Lors d'une visite hasardeuse aux portes-ouvertes de l'Insim à Tizi-ouzou, j'ai eu l'occasion de traverser une exposition de peintures surprenantes. Puis j'ai pu parler avec l'auteure, Karima Ababou, qui m'a expliquée sa démarche... « Je les ai peint pendant mes six derniers mois d'école. On retrouve les mêmes gestes, presque les mêmes couleurs. Pour moi c'est mettre dans une oeuvre ce qui ne peut pas être matérialisé, des émotions...». 



La Karmina, comme ses amis la surnomment, a grandit à Tizi-Ouzou. Quand elle arrive en 2e année de lycée, elle commence à s'ennuyer fermement puis au bout de quelques mois de remise en question de ce système et de la valeur du bac, elle décide de tout plaquer! Alors elle fait un choix pragmatique : une formation professionnelle en coiffure qui lui permet rapidement de gagner sa vie. Pendant deux ans, elle travaille chez Momoh, un salon qui ne désemplit jamais et où elle remplit à la fois les fonctions de coiffeuse, confidente et conseillère en tout genre. Qui sait, peut-être qu'un jour Karima écrira un roman ou un recueil de nouvelles autour de toutes les histoires croustillantes qu'elle a entendu à cette époque...
Cette année là, on lui parle de la future réouverture de l'école des Beaux Arts d'Azazga. Karima décide de s'y préparer, arrête de travailler au salon et s'inscrit aux ateliers de peinture et de modelage à la Maison de la culture, un lieu qui devient vite son QG. En 2006, elle passe le concours avec succès. Quatre années d'apprentissage la confirment définitivement dans sa voie d'artiste. « C'est ce qui me motive, ce qui me fait vivre, la peinture, la peinture, la peinture! Quand je peints, je me sens libre, je peux être moi-même, je m'exprime comme je veux...». Elle aime peindre avec ses doigts comme elle peut travailler avec un pinceau, une spatule ou un couteau. Elle utilise de l'acrylique et de la peinture à l'huile car c'est ce qui donne le plus de vivacité aux couleurs. Elle s'achète des toiles quand elle en a les moyens, et en confectionne elle même avec du tissu quand il faut se serrer la ceinture (pour connaître son système D, cliquer ici). Ses oeuvres ont été exposées plusieurs fois, et vendues souvent. Aujourd'hui fraîchement diplômée, la Karmina a plus que jamais faim de nouvelles connaissances. Attirée par la valeur qu'on accorde à l'art en Europe, elle vise désormais les Beaux Arts de Cergy et croise les doigts pour que le visa ne lui soit pas refusé. On croise tous les doigts avec elle car Dieu sait qu'elle nouvelle merveille elle nous peindra à son retour?



jeudi 17 février 2011

Tahar, à cheval sur ses objectifs.

RDV jeudi 17 février 2011, à Bouzeguène, pour une opération de « débourgeoisement intensif », initiée par Tahar Kessi. Une programmation qui fait écho à notre époque, des références pointues de cinéphiles, des perles rares à donner le goût du cinéma aux plus récalcitrants. Le problème, c'est que le matin même de l'ouverture, le centre culturel a congédié la petite association, sous quelques prétextes administratifs douteux... Je vous épargne les détails du parcours bureaucratique qu'ils se sont vus parcourir au galop, sans que rien ne soit débloqué pour autant. Résultat des courses, encore une initiative culturelle sabotée sans la moindre explication... et personne n'en saura rien... Pourtant, l'initiateur de ce non-évènement mérite qu'on parle quand même de lui. 

J'ai rencontré ce personnage en juillet 2009, à Alger, en plein "Panaf", lors d'une projection de films expérimentaux organisés par les associations Chrysalide et Gertrude II dans les locaux de l'école Artissimo. De passage par là-bas, j'en avais profité pour faire connaissance avec des personnes qui pouvaient m'aider à avancer dans mon projet de film documentaire; un film sur l'amour, le sentiment, les gens qui s'aiment, les couples... 


"Pourquoi tu fais pas un film sur le sexe plutôt?", le ton est donné, une grande gueule émaciée sort du lot, Tahar Kessi est nommé. D'argumentation en provocation, on se débat dans le flux des mots sans vraiment savoir où ça mène. Je croyais voir une sorte de Joker berbère nihiliste. Ça n'a mené à rien, sauf à commencer à se connaître. 

Ce jeune cinéaste est de cette race d'affamés qui chasse les grands auteurs dans les bibliothèques des autres, se nourrit de films cultes téléchargés, et trouve toujours les moyens de faire un film. Il apprend en faisant, comme tous les vrais autodidactes. Son premier court métrage, Wind Sowerspeut être à ce titre considéré comme un film d'école buissonnière. Ce jeune cinéaste, n'a pas peur de ses ainés, bien au contraire, c'est le genre à convaincre Tarik Teguia, Ahmed Benaïssa, Adila Bendimerad et une équipe technique de professionnels toulousains à participer à son 2e court métrage, Hystérisis. Enfin, c'est le genre à tenter la Fémis d'été, où il tourne Y.B est en dérangement, son troisième court-métrage, sans pourtant cesser de dénigrer cette même école. Eh oui, on lui accorde une tendance sévère à critiquer sans pitié et à condamner au quart de tour ce qui le déçoit... 
Sa réputation, il l'a pas volée, mais ça ne fait que relever son talent d'artiste intransigeant. Par ailleurs, sa plume aiguisée a déjà noircie des centaines de pages, pour l'instant impossibles à publier mais on peut tout de même se frotter à son style tranchant et espiègle en visitant son blog, Consistoire Bavard.


Un peu teigneux sur les bords mais plein d'espoir, de générosité et de bonne volonté, toujours dans l'action et dans la projection... un de ceux qui ne connaissent pas la marche arrière.





L'affiche (temporaire) d'Hystériris.

jeudi 3 février 2011

Nawel, à lire entre les lignes de fuite




En novembre, à la terrasse du Tantonville, on m'a présenté une certaine Nawel. Le courant est passé facilement, on a échangé nos coordonnées et j'ai découvert son univers pictural...Tendance kafkaïenne et esthétique post-punk le tout télescopé en plein centre d'Alger, un cocktail à réveiller les morts!


Si vous avez l'habitude d'acheter El Watan Week-end, vous avez peut-être remarqué l'entrée en scène de Nawel Louerrad munie de sa « Note de poche », depuis le 14 janvier... Je sais qu'elle joue du piano et qu'elle aime le baroque, mais vous n'en saurez pas plus et moi non plus d'ailleurs car toutes mes questions sont restées suspendues à sa fugue en Bach mineur.








Biographie express.

"Le travail sur l'ego va être une des premières épreuves capitales de la traversée..."

Pour découvrir son univers : http://nawel-louerrad.blogspot.com/
Nawel est également membre du 12Tour:http://12tours.over-blog.com/